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Pendant la période de 1900-1930 outre-Atlantique, le saxophone a été un phénomène de mode que l’on peut comparer à celui des guitares électriques des années 1960. Le principal responsable est celui qui fut peut-être la plus grande vedette de la musique américaine pendant les années folles, Rudy Wiedoeft. Bien que l’on ait quasiment oublié cet artiste, il a eu un rôle déterminent dans l’imposition du saxophone dans la conscience populaire de telle manière que tous les saxophonistes qui viennent après Wiedoeft auraient eu beaucoup plus de difficultés s’il n’avait pas vécu.
Rudy Wiedoeft a organisé le premier concert entièrement consacré au saxophone classique, le 17 avril 1926 à la Salle Aeolian à New York, un événement qui fut entendu par radiodiffusion par plus d’un million de personnes.
Rudy Wiedoeft est né à Détroit, Michigan dans une famille de musiciens, au sein de laquelle il a commencé ses études musicales et éventuellement sa carrière professionnelle comme clarinettiste dans l’orchestre familial. Jeune homme, il découvre le saxophone. Il a commencé ses études musicales en étant violiniste, mais a dû changer d'instrument suite à une accident à son bras droit. En 1918, il a eu son première grand succès dans l'orchestre du Frisco Jass Band dans le spectacle musical "Canary Cottage". Au même moment, il a commencé sa grande série des enregistrements avec la firme Edison qui l'a établi comme un des musiciens importants des années 20. Son enregistrement du "Sax-o-Phobia" a été le disque de saxophone le plus vendu de tous les temps.
La
plupart de ces enregistrements sont des morceaux de genre que Wiedoeft composa
pour lui-même dans le style post-ragtime de la fameuse « allée des casseroles en
étain » - ainsi nommée pour le son créé par tous les pianos désaccordés qui
sonnaient au même temps - à New York dans les années 20. Ces œuvres, qui étaient
composées pour mettre en valeur la sonorité chaleureuse, la virtuosité absolue
et le sens musical très solide de Wiedoeft, utilisent beaucoup d’effets comme le
slap, le « rire » et les faux doigtés, effets censés mettre en valeur les
aspects humoristiques du saxophone. C’est sans doute ce coté humoristique qui
est à l’origine de la condescendance amusée de musiciens qui souhaitaient voir
leur instrument gagner une certaine respectabilité. Mais la réalité est toute
autre. Une étude des œuvres en question montre des pièces de facture très
solide, fort bien conçues pour le saxophone et pleines d’inventions harmoniques.
Vus sous cet angle, les effets sont seulement des ornements qui n’enlèvent rien
à la conception solide des pièces qui les utilisent. De plus, les nombreuses
citations de la musique classique, comme la référence à Mendelssohn dans la coda
de « Sax-o-Doodle » montrent un musicien cultivé qui s’amusait avec son propre
vocabulaire musical. N’oublions pas l’aspect ludique de ces pièces et de ce fait
leur valeur pédagogique.
La carrière de Wiedoeft lui a donné une célebrité mondiale et lla possibilité d'éditer sa propre musique, de faire des grandes tournées dans toutes les grands théâtre et salles de Music Hall aux États-Unis et en Europe, et puis d'être l'un des plus importants professeurs de saxophone des années 20 (son élève Joseph Allard sera par la suite le professeur de plusieurs générations des saxophonistes New-Yorkais). Toujours allié avec la firme SELMER, son association avec cette marque est devenue très fortes après sa tournée européenne de 1926, pendant laquelle Wiedoeft a été invité par les Selmer à partager un week end dans les alpes suisses. Wiedoeft et sa femme appreciaient le mode de vie que son succès leur permettaient de mener. Ce fut en effet sa manière de vivre (surtout sa prédilection pour les divers breuvages dans sa fiole de poche...) qui a provoqué sa chute et sa morte tragique. Après la chute de la Bourse américaine en 1929, la musique insouciante de Wiedoeft semblait inappropiée aux temps difficiles. Les Wiedoeft ont demenagé à Paris pendant un an pour essayer de poursuivre sa carrière, sa musique étant toujours appréciée dans les Music Halls d'Europe.
Après son séjour en Europe, Wiedoeft a décidé d'investir ce qu'il restait de sa fortune dans un mine d'or dans la Death Valley en Californie. Même si cette idée semblait très romanesque pour l'homme qui aimait s'habiller en Cowboy dans les capitales d'Europe, la mine ne livra jamais son trésor et Wiedoeft dut laisser partir son équipe, continuant ses recherches tout seul, après avoir réemménagé à New York.
Un des conséquences de la disparition de sa fortune fut la grande tension entre lui et sa femme, Mary Murphy Wiedoeft. Cette relation, qui n'a jamais été très paisible, faillit aboutir à un fin tragique le 24 mars 1937 où, lors d'une dispute domestique, Madame Wiedoeft a poignardé son mari. Wiedoeft a refusé de porter plainte contre sa femme et le couple s'est réconcillié. La carrière publique de Wiedoeft s'est terminée après cette événement et, à part une brève apparition sur une émission de Radio, Wiedoeft ne s'est plus montré en public. Il est mort le 18 fevrier 1940 d'une cirrohose du foie chez lui à Flushing, New York.
Extrait : Sax-O-Phun (CD : "Kreisler of the saxophone" ed. Clarinette Classics)
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