

Compte-rendu du 14ème Congrès
Mondial du Saxophone par les musiciens du Quatuor ELLIPSOS
Nous
avons acheté nos billets d’avion depuis cinq mois déjà. Aujourd’hui nous
partons. L’idée du dépaysement est alléchante. Nous sommes impatients d’y
être, conscients de la chance que nous avons de pouvoir assister à un événement
saxophonistique d’une telle ampleur. C’est notre premier Congrès Mondial. Dès
le début du voyage, nous côtoyons de nombreux saxophonistes de toutes
nationalités, dont notre petit Airbus est rempli. Certains, comme nous,
embarquent à Paris, d’autres y sont en transit. C’est à ce stade de
l’aventure que périront les saxophones barytons laissés
volontairement ou non en soute par leurs malheureux propriétaires... peut-être
un jour trouvera-t-on une solution satisfaisante pour réconcilier instruments
de musique volumineux et déplacements en avion ?
Arrivés à Ljubljana, nous ne sommes pas si dépaysés : nous croisons dès le
premier après-midi dans la rue de nombreuses personnalités de notre vie
musicale française ! Par ailleurs, Ljubljana est une ville très agréable.
Nous regretterons sans doute beaucoup de n’avoir pu faire plus de tourisme, et
de ne nous être contentés que d’une simple et courte promenade et visite du
château le dernier après-midi avant le retour en avion... Les petites rues piétonnes
du centre-ville, les quais le long de la Ljubljanica, autant de lieux qui
mériteraient de plus longues flâneries ! L’hébergement est très
satisfaisant, à proximité du Cankarjev Dom, centre culturel/de congrès
où se déroulent les concerts. Le coût de la vie est raisonnable.
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L’organisation
du Congrès est excellente, à l’image du site web (www.worldsax.net) toujours
en ligne, malgré quelques retards sur certains concerts. Le seul véritable
incident à noter restant l’annulation, due à ces retards, de la prestation
d’Hugo Schmitt, le 7 juillet. Dès l’arrivée au Cankarjev Dom, le
premier jour, nous nous voyons remettre un badge, le laissez-passer du Congrès,
ainsi que le programme détaillé des prestations. Et quel programme !!! Nous
n’aurons pas une minute de répit...
Le Cankarjev Dom est un bâtiment comportant plusieurs salles de concert,
de dimensions différentes. Parmi les plus grandes, on compte le Gallus Hall,
où se déroulent principalement les concerts du soir, avec les saxophonistes
invités par l’organisation du Congrès, et le Linhart Hall, où se
produisent aussi beaucoup de solistes et d’ensembles. On trouve un peu plus
loin le Kosovel Hall, salle plus petite, où se déroulent notamment
l’après-midi organisé par le sponsor Yamaha, et les prestations utilisant
des effets électroniques, bandes, percussions, formations instrumentales
particulières... Le Stih Hall est une salle différente des précédentes
par sa configuration. La scène en est le centre, vers laquelle sont orientés
des fauteuils pour le public, disposés sur plusieurs niveaux en cercles
concentriques (à la façon d’un cirque !). Cette salle à l’atmosphère
conviviale est parfaitement adaptée aux nombreuses prestations de musique de
chambre programmées par l’organisation du Congrès. C’est dans ce cadre que
débutent les quatre journées intensives de concerts.
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Dès
le premier jour, nous assistons à des concerts d’une qualité exceptionnelle.
Ceux-ci se déroulent simultanément dans plusieurs salles tout au long de la
journée, chaque formation a le droit à une demi-heure de programme. Il nous
est malheureusement impossible de tout voir, et le choix s’avère quelques
fois très difficile... quel dilemme ! Quelques concerts sont particulièrement
marquants : le quintette OS5IA avec son énergie nous entraîne dans son répertoire
original ; le Quatuor Habanera, fidèle à sa réputation, entre sous les
acclamations du public et parvient une nouvelle fois à nous surprendre... et
encore bien d’autres formations. Lors du concert d’ouverture du soir, notons
les performances d’Eugène Rousseau, magnifique ! et de Claude Delangle,
que l’on ne présente plus.
Jeudi, à notre tour de jouer. Nous sommes assez satisfaits de notre première
prestation en quatuor à l’étranger. Comme la veille, les concerts abondent.
Nous avons le plaisir d’écouter dans l’après-midi Jean-Yves Fourmeau, qui
jouera le soir-même à l’église Saint-Jacob en duo avec Lev Pupis et
orchestre, ainsi que Koryun Asatryan, saxophoniste arménien, ou bien Veronika
Kozhukharova, saxophoniste ukrainienne. D’autres prestations exceptionnelles
dans l’après-midi : Julien Petit, qui interprète une pièce de K.
Stockhausen (Entführung) au saxophone soprano avec bande ; le duo Géraud
Étrillard/Gilles Tressos, qui interprète des pièces pour deux saxophones
barytons, dont le célèbre Duo-Sonata de S. Gubaidulina. La journée
se termine par un concert de jazz en plein air, entre autres : le saxophoniste
de jazz américain Bob Mintzer et le Slovenian Radio and Television Big Band.
Vendredi, encore des moments clés du Congrès. Notons les prestations de
Jean-Yves Chevalier, Marie-Bernadette Charrier avec son ensemble Proxima
Centauri, le Quatuor de Saxophones Inédit, Arno Bornkamp, Joël Versavaud (qui
ne pourra malheureusement pas profiter pleinement de son temps de concert dans
la Franciscan Church, du fait de certaines contraintes religieuses imprévues...).
Deux ensembles de renommée internationale se produisent en fin de journée :
l’ensemble du CNSMDP, avec un concert d’exception spatialisé de façon
originale, accompagné de deux danseuses ; l’ensemble japonais Mi-bémol, à
la composition originale — 22 saxophones dont seulement 3 soprani, et sans
chef — qui nous procure des frissons tout au long du concert, avec un
programme comprenant entre autres les Variations sur un thème de Haydn, Op.
56 de Brahms et le Boléro de Ravel : une véritable démonstration
!!
Le dernier jour arrive déjà. Nous assistons encore à des concerts d’une
qualité remarquable. Dès 9h du matin, salle presque comble pour la prestation
de la jeune et jolie Ukrainienne au talent très précoce : Asya Fatyeyeva. Dans
la journée, nous apprécierons les prestations du Russe Sergey Kolesov ; du
Letton Oskar Petrauskis, dont la sonorité généreuse et le jeu respirent la
liberté ; Marcus Weiss, qui interprète un extrait d’une pièce de G. Netti
n’utilisant que des sons multiples ; le Zéphyr Duo, Miha Rogina, Serge
Bertocchi... Kenneth Tse, saxophoniste américain, impressionne quant à lui par
sa virtuosité et sa présence sur scène : il communique avec le public,
quelle maîtrise !! Le concert du soir est un grand moment de musique : se succèdent
notamment Daniel Gauthier, interprétant à merveille un Poème pour
saxophone alto et orchestre, de Pierre-Philippe Bauzin, quelle intensité !!
; Vincent David, à la virtuosité parfaite, sans égale et sa sonorité
d’or, interprétant par cœur le Dialogue pour l’ombre double de
Pierre Boulez, dans une mise en scène originale avec effets de lumières (ou
d’ombres ?) ; David El-Malek, étoile montante du jazz, qui nous raconte une
histoire triste et touchante, avec sa sonorité de saxophone ténor si
personnelle, accompagnée de l’orchestre ; et enfin Arno Bornkamp, qui nous
transporte dans l’univers de Jacob ter Velhuis (compositeur de la célèbre pièce
pour saxophone ténor et ghettoblaster Grab it) avec la création du Tallahatchie
Concerto pour saxophone alto et orchestre.
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Des conférences sont également programmées pendant toute la durée du Congrès. Outre la présence de Jean-Marie Londeix, nous pouvons poser des questions, suivre des véritables cours/master-classes ou tout simplement écouter, dans le Showroom local de Selmer (sponsor principal du Congrès) créé à l’occasion, le Quatuor Habanera, Bob Mintzer, Claude Delangle, Vincent David etc. Des stands commerciaux sont par ailleurs ouverts au public, qui ne rate pas l’occasion d’essayer du matériel : saxophones, becs, anches... ni de souffler dans les différents Tubax, saxophones basse, contrebasse, soprillo mis à disposition par le stand Benedikt Eppelsheim Blasinstrumente (www.eppelsheim.com).
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Nous garderons longtemps le souvenir de ce Congrès. Il est une occasion incroyable et unique d’entendre des saxophonistes venus du monde entier, des formations, des musiques, et des esthétiques extrêmement variées, de nouer de nouveaux contacts, et de côtoyer des grands noms de l’instrument dans une atmosphère très détendue, un esprit d’ouverture et sans rapports de force. Nous avons pu nous rendre compte que le saxophone international se porte très bien et n’a pas à rougir à côté de notre si belle école française... Nous vous donnons rendez-vous à la prochaine édition ! Le 15ème Congrès Mondial du Saxophone se tiendra à Bangkok en Thaïlande du 8 au 12 juillet 2009. Parmi les différentes promesses faites par Shyen Lee, professeur de saxophone à la Mahidol University, et organisateur du prochain Congrès, lors de l’Assemblée Générale du Congrès Mondial du Saxophone, nous gardons particulièrement à l’esprit celle évoquant des bourses qui seront destinées aux étudiants-interprètes pour financer sans doute intégralement leur voyage. “(...) The Tourism Authority of Thailand and Mahidol University have offered to provide 50,000 U.S. Dollars in travel scolarships (...)” (in Proposal to host World Saxophone Congress XV).
Carl-Emmanuel Fisbach, ancien saxophoniste ténor du Quatuor Ellipsos.
